Mammeri a sculpté ce «Printemps berbère», le 20 avril 1980.

Eternel Mammeri est le nouveau livre d’Amin Zaoui, sorti le 18 avril dernier. Dans cet entretien, l’écrivain revient sur l’idée du livre, son contenu et évoque d’autres sujets en relation avec l’amusnaw et la Kabylie.

«L’islamisme menace la Kabylie»

La Dépêche de Kabylie : Un livre sur Mammeri, une sorte d'hommage pour son centenaire, comment vous est venue l'idée ?

Amin Zaoui : J’étais et je suis toujours un grand passionné de la littérature romanesque de Mouloud Mammeri, par sa profondeur sociale et son questionnement philosophique. J’étais et je suis toujours fasciné par la personnalité de Mouloud Mammeri, un intellectuel infatigable, en combat juste et permanent. Mouloud Mammeri, en tant qu’intellectuel actif, est un modèle pour moi, dans sa sagesse, son intelligence, sa vision prophétique et historique.

De cela, l’idée de ce livre m’est venue depuis sa mort tragique en 1989, parce que la veille de sa mort, nous étions ensemble à Oujda, au Maroc. J’ai réalisé en 1993 un documentaire sur lui, au compte de la télévision algérienne, avec la participation de mon ami l’écrivain et chercheur Abdenour Abdeslam et avec les témoignages de quelques citoyens de son village Ath Yenni et Taourirt Mimoune.

J’ai réalisé ce document aux moments les plus dangereux de l’Algérie des années du terrorisme, des années quatre-vingt dix. J’ai pris le risque et je suis venu d’Oran jusqu’à la Kabylie, dans une voiture banalisée, afin de faire mes enregistrements. Ceci dit, Mouloud Mammeri m’habitait depuis longtemps. J’ai trouvé en mon ami l’éditeur et l’écrivain Tarik Djerroud (Éditions Tafat) l’enthousiasme intellectuel et l’engagement dès le premier jour pour la réalisation de ce projet.

Pourriez-vous nous parler du contenu de ce livre ?

Eternel Mammeri est un livre collectif que j’ai eu l’honneur et la responsabilité de coordonner, où j’ai fait appel à la participation de trente écrivaines et écrivains, appartenant à trois générations, des universitaires et des créateurs. Je citerai, entre autres, Tahar Djaout, Kaddour M’hamsadji, Karim Younes, Djoher Amhis-Ouksel, Amar Mezdad, Mohamed Lakhdar Maogal, Youcef Merahi, Leila Hamoutène, Brahim Tazaghart, Yassine Temlali, Abderrazak Dourari, Nassira Belloula, Lazhari Labter, Abdelkader Bendameche, H’mida Ayachi, Salem Zenia, Aziz Fares et j’en passe.

Que ceux qui je n’ai pas cités m’excuse. Bref, je voulais ce livre comme une sorte de rencontre libre autour de Mouloud Mammeri, pour son courage, sa sagesse, sa prophétie, sa littérature, sa traduction, en somme pour son génie intellectuel.

La sortie du livre coïncide avec le Printemps berbère. Est-ce un hasard ?

La sortie d’Eternel Mammeri à l’occasion de la célébration du 37e anniversaire du Printemps berbère n’est ni fortuite ni accidentelle. On a voulu marqué l’hommage d’un homme de culture par la sortie d’un livre. Un homme qui a sculpté ce «Printemps berbère» le 20 avril 1980.

Le livre, c’est aussi un rappel aux jeunes que, «si aujourd’hui le Tamazight est une langue constitutionnalisée et officielle», cet acquis identitaire n’est pas descendu du ciel, mais c’est le fruit d’un long combat, dont Mouloud Mammeri fut le phare sur le plan culturel, linguistique, anthropologique et bien sûr politique.

Que pensez-vous justement de la distinction faite, à titre posthume, à Mammeri dernièrement par le président de la République ?

Cette distinction est venue un peu en retard mais pour nous, elle restera un geste qui renforce notre conviction qui est la suivante : l’avenir, comme l’Histoire, sont l’édification des peuples. Maintenant, nul ne freinera le cheminement de la réhabilitation de la langue et de la culture amazighes dans toute l’Algérie. Certes le chemin est encore long, mais ce qui a été réalisé est visible et sans détour.

Après l’officialisation de Tamazight, selon vous, quelle serait actuellement la priorité en matière de lutte ?

Avec l’officialisation de la langue amazighe, les élites : écrivains, universitaires, chercheurs, artistes, journalistes, politiques sont demandés à entamer une nouvelle phase de combat. Le renforcement de la recherche scientifique autour de la langue amazighe, la traduction, la création, le sauvegarde de la démocratie et sauver la Kabylie de l’islamisation.

 

Entretien réalisé par Kamela Haddoum

Paru sur la Dépêche de Kabylie du 22 avril 2017

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