Entretien Abdelkader Djeghloul – Mouloud Mammeri  

Revue Awal, Cahier d’Etudes berbères » 1990, Spécial Hommage à Mouloud Mammeri, pages 79 à 97


Mouloud Mammeri ou le courage lucide d’un intellectuel marginalisé
 
Abdelkader Djeghloul : — Alors... une république kabyle...  


Mouloud Mammeri : — Non, je ne la revendique pas. Je revendique l'unité de l'Algérie, mais je dis en même temps que les Kabyles, avec les autres bien sûr, forment la texture de l'unité nationale.  Entretien réalisé par Abdelkader Djeghloul, extrait de « Awal , Cahier d’Etudes berbères » 1990, Spécial Hommage à Mouloud Mammeri, pages 79 à 97.  Réalisé en juillet 1987, cet entretien est dans son contenu une sorte de condensé de la démarche intellectuelle de Mouloud Mammeri.
 
 Par ses délais particulièrement longs de parution, et le changement même du lieu de parution, il illustre bien les obstacles auxquels Mouloud Mammeri a été confronté tout au long de sa vie pour pouvoir s'adresser à son «public naturel», le public algérien pour qui il écrivait, pour lequel il luttait au nom d'une conception de la libération de l'homme qui faisait sourire de manière narquoise ou frémir de colère les intellectuels fonctionnaires, gardiens du discours officiel dont il a tenté avec une ténacité exemplaire et une sérénité à toute épreuve de dissoudre les tabous et de déconstruire les catégories pour faire émerger la voix profonde du peuple algérien et plus généralement maghrébin.  
 
 Initialement j'avais programmé cet entretien dans le cadre d'une série de dossiers consacrés aux grandes figures de la culture algérienne. Il devait paraître dans les éditions d'Actualité de l'émigration dont j'étais à l'époque coordonnateur de la rédaction. Il était heureux de s'adresser au public algérien. Le fait d'être à la retraite lui avait donné une seconde jeunesse. II avait accepté avec étonnement et enthousiasme le principe d'un entretien qui ne serait pas une simple interview mais un dialogue vif, parfois contradictoire. D'un commun accord, le rôle qui m'était assigné était de le pousser dans « ses derniers retranchements ». Sa seule exigence fut de me demander d'arrêter le magnétophone dans les moments où la conversation prenait un tour qui l'impliquait de manière trop personnelle. Nous n'étions pas amis, mais une complicité intellectuelle née à la fin des années soixante-dix nous unissait. Nous avions tous les deux fait le choix difficile et périlleux de travailler dans « l'institution » pour faire « ce quelque chose » que l'« institution » ne nous demandait pas à coup sûr : contribuer à une libération de la parole, à une critique du langage du pouvoir, à un dévoilement des aspects occultés de notre société. Les conditions de la confiance étaient remplies, et c'est dans un climat détendu, jubilatoire parfois, que s'est déroulé l'entretien.
 
 Pour des raisons indépendantes de ma volonté, la publication du dossier Mammeri fut reportée sine die. Quand je l'en ai informé, Mouloud Mammeri m'a regardé avec un sourire triste et ironique qui signifiait sans doute « Tu vois bien... »  Et puis les mois ont passé. Le choc d'octobre a eu lieu et j'ai quitté l'institution. La mort a emporté Mouloud Mammeri. En mars 1989, Actualité de l'émigration a publié une version condensée de notre entretien... Grâce à la revue Awal dont il était le directeur il paraît en entier dans ce numéro. Contre « l'institution » et contre la mort, la parole vivante de Mouloud Mammeri a fini par gagner.  Plus de deux ans après la réalisation de cet entretien, sa parole ne s'est en rien affadie, elle a plutôt gagné en acuité. Les modifications qui ont affecté le champ politique depuis la semaine sanglante d'octobre 1988 ne peuvent se transformer en véritable mutation démocratique que si les questions posées par Mouloud Mammeri sont réglées au fond. Par-delà la reconnaissance formelle du socle culturel amazigh, comment la société et l'Etat peuvent-ils mettre en place une expression culturelle multiforme qui, seule, peut nourrir un pluralisme politique qui risque de dériver en électoralisme mesquin ? Comment le mot démocratie pourrait-il avoir un sens si les intellectuels producteurs de sens continuent à avoir un accès strictement limité et contrôlé à leur public naturel ? Comment la société algérienne peut-elle se réconcilier avec elle-même et s'insérer de manière créative dans la civilisation mondiale si le faux clivage arabophones-berbérophones est maintenu, si un arabo-islamisme à prétention totalitaire continue à refouler ou à folkloriser la culture berbère et si les défenseurs de la berbérité transforment cette dernière en ghetto culturel ou en fonds de commerce électoral ? Comment reprendre enfin le mouvement de libération de la société algérienne non pas sur la base d'une tolérance syncrétique mais d'un dialogue fécond et sans complaisance entre tous les courants d'idées et les référents culturels qui travaillent notre société ?  Telles sont certaines des questions que pose sans esprit polémique mais de manière tranchante Mouloud Mammeri. S'il ne répond pas à toutes de manière complète, il dresse un état des lieux et dégage des pistes de réflexion et de recherche stimulantes qui contribuent à faire sortir la pensée algérienne des sentiers battus des discours a-critiques. Même mort, par la vigueur sereine de sa pensée critique, Mouloud Mammeri reste parmi nous beaucoup plus vivant que les «scribes» d'hier et d'aujourd'hui qui entendent maintenir l'ère du bâillon, l'ère des discours mystificateurs et pétrifiés.
 
 ***  Abdelkader Djeghloul.
 — Laphomic a publié il y a quelques temps un entretien réalisé par Tahar Djaout qui porte essentiellement sur ton œuvre romanesque et théâtrale. Mais tu es aussi linguiste et anthropologue. Comment situes-tu ton activité littéraire dans l'ensemble de ton travail intellectuel ?  
 
Mouloud Mammeri. — Je répondrai comme ça tout de go que la littérature, indépendamment des éléments personnels qui peuvent intervenir, va peut-être plus au fond des choses, va peut-être plus à la réalité des choses que d'autres disciplines qui peuvent viser les mêmes buts, les sciences humaines par exemple, et ceci pour deux raisons. La première est qu'elle n'est pas biaisée. Quand on fait de la science, on est obligé de suivre avec rigueur une certaine méthode alors que la littérature permet une prise sur la réalité infiniment plus étendue, plus vraie. La seconde raison est, qu'à mon avis, l'aspect création est une chose fondamentale ; on ne crée pas à partir de zéro bien sûr, on crée à partir de la réalité qui existe, mais je crois que la fonction démiurgique de la littérature double la réalité de quelque chose que l'on crée. A mon avis c'est au moins aussi important que d'essayer d'expliquer la réalité ou du moins, en quelque sorte de la rendre sans rien y ajouter. Je crois que la littérature ajoute à la science une dimension supplémentaire, une dimension de créativité qui est quand même essentielle.  D.A.

— Tu viens de donner ton appréciation sur la littérature. La question que je te posais portait sur l'évaluation de la part de ton écriture littéraire par rapport à l'ensemble des livres et des articles que tu as publiés, des conférences que tu as faites... A ton avis est-il juste de dire : « Mouloud Mammeri le romancier » ?  

M.M. — Je serais très tenté de répondre : c'est à la fois vrai et faux. Ce n'est pas faux... ce n'est pas tellement faux, c'est insuffisant, voilà ! Il est exact que dans mon adolescence j'ai commencé par écrire des romans, mais je considère que mon action, mon écriture ultérieure comptent aussi sur un autre registre. Existentiellement, le passage d'un registre à un autre m'a permis de m'exprimer ou d'exprimer un certain nombre de choses. Ces deux registres ne sont pas exclusifs l'un de l'autre. Au contraire, chacun d'eux complète l'autre. Disons que si on me définissait uniquement comme romancier, je trouverais ça un peu réducteur.  
D.A. — Un peu réducteur... ou beaucoup réducteur ?  
M.M. — Je ne sais pas si c'est une question de dosage...  

D.A. — Je répète ma question : quelle est la place de la littérature dans l'ensemble de ton œuvre écrite ?  

M.M. — Je ne peux pas dire qu'elle soit secondaire... Je la considère comme importante dans l'ensemble de mon œuvre y compris celle qui intéresse la linguistique ou l'anthropologie. J'ai commencé par la littérature et je suis resté fidèle à l'expression romanesque et théâtrale puisque mon dernier roman date de trois ou quatre ans. Je ne suis venu à la linguistique et à l'anthropologie que tardivement. Même si je faisais de la linguistique dès le départ, je le faisais de manière artisanale et pour l'amour de l'art. A partir d'un moment j'ai «pigé» qu'il y avait d'autres modes d'expression, en particulier l'anthropologie et la linguistique et qu'ils n'étaient pas contradictoires avec le premier. Je considère que c'est vraiment un peu la même chose, une autre façon de dire les mêmes choses.  

D.A. — De dire quoi ?  

M.M. — Bon, alors là on peut rester jusqu'à demain matin !  D.A. — Que tu écrives sur le mode de la littérature ou sur celui des sciences humaines, au fond qu'est-ce que tu veux dire ?
 
M.M. — Bien. Je vais le dire comme je le pense. Personnellement, à la fois par tempérament et par principe, je considère que le but de l'écriture, quel que soit son registre, est une espèce de libération de l'homme. Plus on avance dans l'histoire moderne plus l'homme est soumis à des projets qui le limitent, qui quelquefois le briment carrément. Il suffit de lire un journal pour s'en convaincre. Les exemples sont tellement nombreux et tellement offusquants qu'il n'est pas nécessaire d'épiloguer là dessus. Alors, si pour des raisons objectives l'évolution du monde moderne va dans ce sens-là, la première visée des gens qui écrivent, ou du moins de certains, serait d'annoncer une espèce de contrepoids à ce fardeau de servitude qui en définitive a pour but de nous contraindre. A notre époque, c'est une action absolument essentielle car les techniques de l'aliénation sont tellement efficaces qu'on peut imposer aux gens n'importe quoi sur le plan physique mais aussi mental. Il faut que quelques personnes amènent un contrepoids à cette entreprise qui est absolument démente. Dans ces conditions, les deux modes d'expression que sont la littérature et les sciences humaines (la linguistique et l'anthropologie en l'occurrence) vont à mon avis dans le même sens. Les méthodes peuvent être différentes, mais je crois que l'impact est le même.  

D.A. — Merci d'avoir été clair sur ce point. Cela nous amène à une autre question : comment te situes-tu dans le champ de la littérature et dans celui des sciences humaines ?  

M.M. — On décompose...  

D.A. — D'accord, alors première question : quelle est ta place dans le triptyque Mohammed Dib, Mouloud Mammeri, Kateb Yacine.  
M.M. — Ah !
 
D.A. — Dans ce triptyque tu te vois comment et comment vois-tu les autres ?

 M.M. — Je me demande si la question se pose dans ces termes-là. Je vais essayer de dire pourquoi. Quand nous avons commencé à écrire au début des années cinquante, je ne connaissais pas Dib pas plus d'ailleurs que Kateb qui est venu plus tard. Mais les conditions objectives dans lesquelles nous avons écrit étaient fondamentalement les mêmes. Nous vivions dans une Algérie qui avait le visage qu'elle avait sous la colonisation qui à cette époque-là n'avait pas du tout cette mauvaise conscience qu'elle a acquise par la suite. Elle se considérait comme installée. Nous, Algériens, nous étions dedans et nous avons réagi... nous avons été la voix de ceux qui subissaient cette colonisation. Je ne crois pas que l'œuvre de mes confrères ou la mienne se limite à ce rôle de porte-parole mais je dirais que franchement, il y avait une unité de l'homme algérien installé dans cet environnement.  Dans ces conditions et quelle que soit la différence de tempérament d'un écrivain à l'autre, et il est non seulement tout à fait normal mais même souhaitable qu'un écrivain ait un tempérament qui lui soit propre, il n'en reste pas moins que nous avons traduit de façon différente, une réalité algérienne qui était fondamentalement la même.  
 
 D.A. — En comptant Mouloud Feraoun comment d'après toi peut-on vous qualifier : vous étiez quatre individus ou un groupe ?  M.M. — II est difficile de répondre de manière tranchée. Il est vrai que nous avons été quatre individus. Au départ, nous ne nous connaissions pas entre nous pour constituer un groupe formel.  D.A. — Mais maintenant, on vous présente comme un groupe... là est le problème...  
 
M.M. — Exactement... Le fait de nous présenter comme un groupe à l'heure actuelle vient du fait que nous vivions dans le même environnement par la force des choses et de nombreux facteurs ont fait sinon notre unité, du moins notre communauté. Il est normal, trois décennies après, dans une espèce de troisième dimension rétrospective que l'on présente les quatre écrivains du début comme un groupe, bien que nous-mêmes n'avions jamais voulu faire un groupe à l'instar de l'Ecole d'Alger. Il n'en reste pas moins que les facteurs qui nous rapprochaient étaient tellement nombreux qu'il n'était pas nécessaire en définitive de constituer un groupe formellement organisé pour qu'il y ait une unité.  

D.A. — C'était donc une unité de fait. Mais au niveau relationnel, as-tu entretenu des rapports avec Kateb Yacine, Mohammed Dib, Mouloud Feraoun ou bien chacun suivait-il son itinéraire sans tellement connaître ses confrères ?  

M.M. — Moi, sur le plan personnel, je connais les confrères dont on vient de parler, je connaissais Mouloud Feraoun, mais encore une fois nous n'avons jamais constitué un groupe à la manière dont Robert Randeau ou Jean Amrouche l'ont fait avec des réunions régulières, quelque chose de voulu, d'organisé, de conscient. De plus, avec l'âge, chacun d'entre nous a suivi un itinéraire particulier.

D.A. — Penses-tu que les quatre écrivains du groupe de base ont tous en commun dans leur pratique de l'écriture de contribuer à la libération de l'homme ?  

M.M. — Je crois qu'il faudrait peut-être poser la question à chacun des intéressés.

D.A. — Je te demande ton point de vue.  

M.M. — Mon point de vue est que cette volonté de libération existe chez nous quatre, avec bien sûr des tempéraments différents, et quelles que soient les différences dans la manière et la méthode que nous utilisons pour la réaliser et en même temps la conceptualiser. A mon avis un écrivain n'est pas un homme politique au premier chef ; il peut se définir comme tel bien sûr, mais la position politico-idéologique qu'il peut avoir est, je crois, je n'ose pas dire quelque chose de subsidiaire... cela peut être quelque chose de fondamental dans la vie d'un écrivain, la traduction d'un projet fondamental qui est, selon moi, beaucoup plus profond.  

D.A. — On a parlé jusqu'à présent de ce qu'on appelle les «pères fondateurs » de la littérature algérienne de langue française. Mais quand tu as commencé à écrire dans les années cinquante, il n'y avait pas que des écrivains de langue française, il y avait aussi des écrivains de langue arabe. Les connaissais-tu ?  

M.M. — J'avoue que non mais, pour des raisons tellement concrètes, tellement évidentes qu'il n'est peut-être même pas la peine d'insister. J'étais incapable de lire un texte en arabe. Je savais qu'ils existaient. Il ne faut pas trop se faire d'illusions sur leur audience dans les années cinquante. Ces écrivains n'étaient connus que d'une frange d'Algériens assez limitée qui avaient pu avoir accès à une expression linguistique assez élaborée en arabe, ce qui n'était pas donné à tout le monde. Beaucoup d'Algériens connaissaient l'existence de Abderahmane Djilali ou de Toufik El Madani, mais ils ne lisaient pas pour la plupart leurs œuvres. Certaines de leurs idées passaient cependant dans la population par l'intermédiaire des clercs et demi-clercs qui eux pouvaient les lire. Mais eux-mêmes n'étaient pas très nombreux et, de toute façon, ne produisent qu'un effet secondaire.  

D.A. — Toi aussi, quand tu as écrit tes premiers romans en français, il n'y avait pas beaucoup d'Algériens capables de les lire. Te posais-tu parfois la question de savoir pour qui tu écrivais ?

 M.M. — Oui, absolument et c'était vraiment un problème. Je crois que les gens qui écrivent actuellement ne s'en rendent pas compte. Nous ne pouvions pas éviter ce problème. Il s'est posé à moi comme il s'est posé à mes confrères, à quelques nuances près... J'écrivais dans une langue qui était le français, donc je savais d'avance que le lecteur éventuel - serait majoritairement français et non pas algérien.  Ceci dit, à partir du moment où j'ai écrit en vue d'être édité. - Je n'étais pas sûr d'être édité quand j'écrivais le manuscrit de mon premier roman, personne n'était là pour me dire qu'il allait vraiment être édité, j'aurais pu tout aussi bien écrire des poèmes pour mon plaisir personnel - je ne me suis jamais dit : j'écris pour le lecteur de Saint Germain des Prés. Le problème ne se pose pas en ces termes. Je savais que le public naturel des romans algériens, c'est-à-dire ancrés dans la réalité algérienne aurait dû être, était en principe le public algérien ; mais je savais en même temps que ce public algérien n'était pas nombreux. Je dois dire aussi que pour moi se posait le problème de ma formation dont je ne pouvais pas être coupé. J'ai en effet reçu une formation classique, classique au sens le plus classique du terme, c'est-à-dire les humanités, la littérature, le grec et le latin, ce qui n'était pas pour un Algérien de cette époque une carrière «naturelle.» Je savais que parmi les Algériens qui allaient me lire, peu nombreux seraient ceux qui sauraient ce qu'est une togela. Dans une telle situation, on a un peu les pieds en fourchette entre un public qu'on aimerait avoir, le public algérien et le grand public qui pour des raisons concrètes ne pouvait pas être le public algérien.

 D.A. — On assiste à une sorte de télescopage historique. Les romans que tu as écrits dans les années cinquante sont maintenant lus par les jeunes Algériens au moins en morceaux choisis. Quel effet cela te fait-il ?

 M.M. — J'en suis tout à fait heureux... Je suis très heureux de les avoir écrits à ce moment-là et que maintenant les jeunes Algériens puissent tes lire. En quelque sorte ces romans retrouvent ou trouvent maintenant leur public naturel. Je comprends cependant qu'un lecteur de 1987 attende une autre écriture que celle que j'ai dû réaliser ou accepter en 1952. Le fait d'écrire un roman avant d'être sûr de le faire paraître pouvait biaiser l'écriture.

 D.A. — Ton dernier roman, La traversée, tu l'as écrit pour qui ?

 M.M. — Ah ! Celui-là je l'ai écrit pour les Algériens... mais ce n'est pas vrai, il n'est pas écrit uniquement pour les Algériens... La concrétisation algérienne de mes romans, c'est la caution de réalité, d'authenticité, on ne parle bien que des choses que l'on connaît... J'aurais pu faire un roman sur les Chinois, mais comme je ne connais pas les Chinois...

 D.A. — Tu as tout de même fait une pièce de théâtre sur les Aztèques !
 
 M.M. — Oui, c'est vrai, on pourra y revenir tout à l'heure... Dans La traversée, à travers la situation concrète d'Algériens, je parle des problèmes humains, pas au sens péjoratif ringard mais au sens général de condition humaine. Je voulais que le public se rende compte que les problèmes qui se posent aux Algériens sont des problèmes qui se posent, qui peuvent se poser
à n'importe quel homme au monde. Simplement ils se posent dans un cadre particulier à un moment déterminé, mais ce n'est pas une espèce de réserve indienne dont on ne sort pas... J'ai écrit La traversée d'abord et principalement pour les Algériens, mais aussi pour tout le monde et je crois que les Algériens de La traversée doivent intéresser quels que soient les qualités ou les défauts de l'écriture, n'importe quel lecteur, qu'il soit sud-américain, sud-africain ou indien... J'ai voulu révéler aux autres hommes les Algériens en tant qu'hommes.  

D.A. — Un reproche t'a été fait à plusieurs reprises, notamment quand La traversée est sortie : l'Algérie ne vit plus à l'heure des années cinquante, elle a ses propres maisons d'édition. Pourquoi Mammeri continue-t-il à publier à l'extérieur ?

  M.M. — Bon... je peux donner deux raisons à cela. La première est d'ordre purement factuel. Quand on publie chez un éditeur, on signe un contrat qui vous engage pour plusieurs œuvres futures. Je suis encore dans ce cas. La seconde est plus fondamentale, quel que soit le jugement qu'on puisse porter dessus. Avant la parution de La traversée, je n'ai pas écrit que des œuvres littéraires, j'ai écrit d'autres ouvrages. Non seulement ces derniers n'étaient pas diffusés à grande échelle en Algérie, mais soit on les refusait entièrement, soit on en diffusait quelques exemplaires pour ne pas dire qu'on les interdisait... Alors quand j'ai vu ça... je me suis dit : ce n'est pas la peine, La traversée à plus forte raison ne passera pas.  
 
D.A. — II y a un paradoxe Mammeri. D'un côté tu n'as jamais édité de livre en Algérie et tu te plains de l'ostracisme officiel à l'égard de tes ouvrages publiés à l'étranger, de l'autre, tu as pendant de longues années dirigé à Alger une structure de recherche, le CRAPE1 et tu étais le responsable d'une revue, Libyca, qui avait une grande audience en Algérie et à l'étranger. Comment expliques-tu ce paradoxe ?  

M.M. — Effectivement, j'ai dirigé le CRAPE pendant dix ans ainsi que Libyca qui est une revue internationale. L'impact de ce que je pouvais dire, de ce qui pouvait être dit dans Libyca ou de ce qui pouvait être réalisé dans le cadre du CRAPE était par définition limité. Il ne concernait qu'un public scientifique restreint. Quant à mes ouvrages, ceux qui prennent la décision d'importer les livres ont considéré à tort ou à raison qu'ils concernaient le grand public et leur attitude a été différente. Je n'ose pas dire qu'ils étaient contre leur diffusion, ce qui est sûr, c'est qu'ils n'ont rien fait pour la promouvoir, qu'il s'agisse de mes œuvres littéraires ou de mes ouvrages anthropologiques.
 
1 CRAPE : Centre de recherches anthropologiques, préhistoriques et ethnographiques. 2 ENAL : Entreprise nationale du livre, issue de la restructuration de la SNED. 3 Maison d’édition privée. 4 Depuis sa mort, son espoir s'est partiellement réalisé.

 D.A. — On assiste à un processus de ré-intériorisation d'une partie de la production littéraire publiée initialement à l'étranger qui devient ainsi disponible en Algérie pour son public naturel. Nedjma de Kateb Yacine a été réédité par l’ENAL2 sur la base du rachat des droits. Laphomic3 a fait de même pour les romans de Rachid Mimouni. En ce qui te concerne, la situation est différente...
 
 M.M. — Oui, je ne peux faire qu'une chose : émettre le souhait que la même chose soit faite pour mes œuvres littéraires ou scientifiques4.  
 
 D.A. — Tes éditeurs seraient d'accord ?
 
M.M. — Je suis sûr qu'ils seraient d'accord à condition évidemment qu'on leur en fasse la demande.  

D.A. — Apparemment, cette demande n'a jamais été faite...  

M.M. — Je ne crois pas.  

D.A. — L'as-tu demandé à l'ENAL ?

 M.M. — M'appartient-il de demander à l'ENAL une chose pareille ? Je crois me souvenir qu'il y a eu dans le temps des tentatives de ce genre entre mon éditeur de romans et la SNED5... Pour des raisons qui m'échappent, ça n'a pas marché... sauf pour une édition de poche des romans qui étaient au programme de l'enseignement et s'adressaient au public scolaire.  
 
 D.A. — C'est un achat de livres ?  
 
 M.M. — Oui, ça n'a pas été réalisé en Algérie... ce n'est même pas une coédition.
5 SNED : Société Nationale d’Edition et de Diffusion. 6 Mammeri, M., 1965. L'opium et le bâton. Paris, Plon, 290 p.   

 D.A. — On arrive là au second paradoxe Mammeri : le texte du roman L'opium et le bâton6 est introuvable dans les librairies algériennes alors que le film qui a le même titre a un grand succès en Algérie.  
 
 M.M. — Comme tu dis, c'est un de ces paradoxes contre lesquels je bute et face auxquels je suis complètement démuni.

 D.A. — Tu ne butes pas seulement. Finalement tu fais «avec» au sens positif du terme. Tu as contribué à la réalisation de ce film. Comment arrives-tu à comprendre que l'argent a été débloqué pour faire le film alors que la petite quantité de dinars nécessaires à la réédition du livre ne l'a pas été ?

 M.M. — Moi je dirais... pour le film on savait ce qu'il devait être, ce n'était pas L'opium et le bâton tel que je l'ai écrit, c'est tout à fait normal - un film ne peut pas être la copie exacte d'un roman -, mais on avait l'impression à tort ou à raison qu'on contrôlait le résultat, alors que le roman c'est moi qui l'ai écrit et il est ce qu'il est. Une chose a gêné et gêne toujours dans ce roman : il y a des personnages berbères, il y a des dialogues berbères, il y a un long épisode qui se passe au Maroc qui est en effet berbérophone. Un détail amusant : on a demandé que L'opium et le bâton soit réédité parce qu'on en avait besoin pour les écoles. Tout à la fin du roman, un des personnages écrit dans une lettre : «C'est en berbère que je voudrais t'écrire.» Dans le texte de la réédition, cela a donné la chose suivante, je ne sais pas si c'est voulu ou non : «C’est en berbère que j'aurais voulu t'écrire.» Admettons que ce soit simplement une coquille... en tout cas, dans le film, ils gomment entièrement tous les éléments qui peuvent évoquer cet aspect berbère.  
 
D.A. — Nous voilà au troisième paradoxe Mammeri : tu es taxé de «berbérité», parfois diffamé ou attaqué violemment dans la presse. En même temps, tu es le seul écrivain de ta génération à n'avoir jamais quitté le territoire national... Certains te qualifient quasiment d'opposant et en même temps tu as toujours été un intellectuel travaillant au pays. Tu as même accepté d'avoir un rôle institutionnel en tant que Directeur du CRAPE. Peux-tu clarifier tout cela ?  

M.M. — J'ai une explication personnelle et je crois qu'elle est fondée. Quand on me traite de «berbériste» je suis d'accord si l'on donne à ce terme le sens de quelqu'un qui veut récupérer une réalité algérienne linguistique et culturelle qui s'appelle le berbère et qui veut lui donner le développement le plus grand. Je considère que l'Algérie se fait avec des Algériens en chair et en os, pas avec des Algériens abstraits. On peut définir l'Algérie abstraitement mais, à mon avis, c'est une mauvaise méthode sur le plan scientifique ou politique. Il faut définir l'Algérie réellement et je considère que la berbérité est une dimension absolument fondamentale de l'Algérien mais ce n'est pas un ghetto. Quand je travaille à la berbérité, c'est à l'algérianité que je travaille, à quelque chose de tout à fait fondamental dans l'algérianité. Je considère que ceux qui ont fait dans la presse une interprétation erronée de ma démarche sont eux, anti-algériens. Ma façon de vivre ma berbérité est à mon avis la façon la plus profonde, la plus authentique, la plus réelle de vivre mon algérianité... Jamais dans mon esprit il n'y a eu d'opposition entre les deux choses : je suis berbère et algérien jusqu'au bout et je considère que les deux choses vont très très bien ensemble.  

D.A. — A la limite, comme tous les Algériens ?  

M.M. — Oui. L'Algérien peut parler arabe ou français mais la berbérité fait partie de son identité, il faut qu'il la revendique exactement comme moi.  

D.A. — Alors, de manière un peu provocatrice, tu n'avances pas quelque chose de très différent de ce qu'a dit le président Chadli en 1983.  M.M. — Bon...  

D.A. — Dans le rapport présenté au comité central du FLN, il disait : «Je suis un Algérien qui a été islamisé et arabisé »...
  M.M. — J'ai en effet lu cette formule qui correspond pour moi à la réalité et avec laquelle je suis entièrement d'accord. J'ajouterai cependant qu'après une telle déclaration du magistrat suprême du pays, il faut en tirer les conséquences sur le plan de la pratique, sur le plan de la politique culturelle ou de la politique tout court. Il y a eu une prise de conscience supplémentaire, si j'ose dire, à partir d'une certaine date... Mais je disais que cette prise de conscience est un préliminaire, un tremplin : il faut aller plus loin et tirer les conséquences pratiques de cette prise de conscience.
 
D.A. — Effectivement, la question principale n'est plus un problème de discours politique. Pendant une longue période, il y a eu un discours arabiste qui gommait la spécificité maghrébine berbère. Entre 1983 et 1986, ce discours a subi des modifications profondes. Comment traduire ce discours qui est maintenant presque un discours consensuel en pratiques sociales concrètes ? Quels sont les axes de travail prioritaires ? Comment faire pour se réapproprier le patrimoine berbère et en faire le patrimoine de tous les Algériens ?

M.M. — Je pense qu'il y a à la base un problème de volonté politique, il faut le dire... c'est un problème de projet politique. Il y a quelque chose qui n'est pas tout à fait au point... Dans ces conditions, parler des mesures concrètes...
 D.A. — Les axes de travail. Que faut-il faire, qu'est-ce qui est fait ? Je suis très frappé par la «nationalisation» de la chanson kabyle. Quel est l'Algérien qui ignore Idir, Ait Menguellet, le groupe Djurdjura !  
 
 M.M. — Bon, c'est très bien, c'est un exemple presque privilégié et qui ne répond que très partiellement à la question que tu avais posée auparavant. La chanson a été promue par les Algériens, elle a émané de la base, elle n'est pas l'expression d'un projet politique national mais de la création de la société sur le tas. De la société peuvent émaner certaines choses mais tu sais très bien que cela ne peut pas suffire. Il ne peut pas exister une véritable recherche sur la société et sur la culture berbères sans moyens matériels...Moi j'estime tout à fait nécessaire et pas seulement souhaitable qu'il y ait une expression de cette culture tout à fait algérienne dans tous les domaines ; le film, l'édition, les journaux...  
 
 D.A. — Je te fais part du sentiment d'insatisfaction que j'ai ressenti en lisant ta Grammaire berbère. Je me suis demandé pourquoi tu ne l'avais pas proposée à l'ENAL.  
 
  M.M. — Ah !  
 
 D.A. — Pour voir s'ils acceptaient de l'éditer.  
 
 M.M. — Oui, je suis d'accord avec toi. Mais ce serait le seul intérêt. J'ai déjà eu l'expérience de deux propositions d'édition de poèmes oraux qui n'ont rien de subversif que j'avais faites à la SNED. En gros, on m'a dit : - ce n'est pas la peine... S'il y a ce genre de barrage, à quoi bon continuer à proposer des textes. Je reconnais qu'éditer en France avec les moyens du bord, de manière très artisanale, n'est peut-être pas la meilleure formule. C'est en Algérie que j'aurais aimé publier ce livre. Il n'est pas exclu qu'on en fasse une réédition. J'en serais très heureux, cela me permettrait de corriger quelques erreurs. J'aimerais que l’ENAL l'édite.  
 
 D.A. — Mais l'ENAL ne peut pas l'éditer si tu ne lui remets pas le manuscrit.  
 
 M.M. — C'est exact. Bon, c'est une expérience que je vais faire.  
 
 D.A. — D'autres textes sont quasiment absents du marché, je pense en particulier aux Poèmes de Si Mohand...  
 
 M.M. — Oui, c'est scandaleux.  
 
 D.A. — As-tu demandé sa réédition en Algérie ?  
 
 M.M. — Cet ouvrage n'a été importé qu'au compte-goutte. Cela signifie qu'on ne tient pas à ce qu'il soit largement diffusé et a fortiori à le rééditer. Pourtant c'est un succès de libraire.  
 
 D.A. — C'est aussi un des ouvrages les plus importants au niveau de la réappropriation du patrimoine culturel algérien. A vrai dire, je ne comprends pas ton attitude. Pourquoi n'as-tu pas tout simplement demandé à l'ENAL de racheter les droits.
 
 M.M. — C'est vrai, je ne l'ai jamais demandé.  
 
 D.A. — Pourquoi ne demandes-tu jamais rien ?  
 
 M.M. — A cause de mon expérience. Maspero est venu en Algérie pour négocier la vente des Poèmes de Si Mohand. En fait, on en a fait venir seulement quelques centaines d'exemplaires, juste pour ne pas dire qu'il était interdit. Après des expériences pareilles, je n'éprouve pas grand enthousiasme pour aller demander quelque chose à l'ENAL, Ceci dit, je trouve l'idée très bonne, et si l'ENAL veut rééditer ce livre j'en serais très heureux car je considère que c'est un livre fondamentalement algérien et pas seulement pour les berbérophones qui peuvent lire la langue, mais pour tous les Algériens. Si l'ENAL le veut, je me fais fort d'aller trouver Maspero, de faire tout ce qu'il faut et je suis sûr que Maspero acceptera.  
 
 D.A. — Notre discussion factuelle pose un problème plus profond que tu as d'ailleurs commencé à aborder. Pourquoi les écrivains qui ont longtemps fonctionné dans le système institutionnel algérien semblent incapables de prendre de nouvelles initiatives dans les structures algériennes ? Kateb Yacine par exemple a une attitude similaire à la tienne. Il m'a dit récemment : «Quand on me ferme la porte je ne cherche pas à rentrer par la fenêtre.» Or vous n'êtes pas des intellectuels exilés, vous travaillez dans le système institutionnel, vous continuez à écrire en tant qu'intellectuels indépendants mais vous ne prenez pas d'initiatives vigoureuses pour être édités en Algérie et toucher ainsi votre public naturel. Il y a là quelque chose qui me choque.  
 
 M.M. — J'espère que c'est une fausse question que tu me poses. Il suffit de voir comment les problèmes se posent pour tout ce qui est dans ma mouvance. Dans le domaine de l'édition et des médias, nombreux sont les gens qui par analphabétisme culturel estiment que la berbérité ne fait pas partie de la culture algérienne. Cela peut aller très loin, jusqu'à la diffamation. Au début des années quatre-vingt, un journal algérien a publié des horreurs me concernant qui n'avaient aucune espèce d'intérêt. II m'attribuait une phrase que je n'avais jamais écrite. J'ai d'abord écrit au journal une lettre dans laquelle je leur disais qu'ils avaient commis une erreur et les priais de bien vouloir faire paraître dans un numéro ultérieur un rectificatif. Le journal ne me répond pas et ne fait pas paraître ma mise au point... J'ai demandé à voir le ministre, puisque c'est de lui que le journal dépendait... et malgré cela le ministre n'a pas fait paraître le rectificatif dans le journal. C’est une diffamation.  
 
 D.A. — Peux-tu être plus précis ? Que disait-on exactement sur toi ?  
 
 M.M. — Le journal affirmait que pendant la guerre de libération j'avais écrit un papier dans lequel j'avais traité les maquisards de l'ALN de «chacals de l'Aurès.» C'est affolant enfin... C'est aberrant ! Il m'attribuait aussi d'autres choses de ce goût-là... à peu près de ce niveau-là. Tout l'article était comme ça, par insinuations... Il avait l'air de dire que pendant la guerre de libération... tout juste si je n'avais pas été un traitre.
 
 D.A. — Quel a été ton itinéraire pendant la guerre de libération ?
 
M.M. — J'ai fait ce que je pouvais faire en tant qu'écrivain algérien. Je n'ai pas tenu de mitraillette parce que ce n'était pas mon rôle. J'ai fait paraître des lettres, des articles, j'ai fait parvenir à notre délégation à l'ONU au moment où la question algérienne venait en discussion comme on disait à l'époque, des rapports sur la situation en Algérie. J'ai créé aussi, avant mon départ d'Alger, fin 1957, un mouvement de libéraux regroupant des Algériens et je ne sais pas si le terme convient, des Européens, qui avait un organe qui s'appelait Espoir Algérie. Au début, avant que je ne quitte l'Algérie, c'est moi qui faisais l'éditorial, et je le signais d'un pseudonyme. Les gens de L'Echo d'Alger ont fait paraître à ce moment-là des articles à eux et signés du même pseudonyme que le mien. Alors le journaliste qui a écrit cet article me diffamant, on a dû lui dire que c'était la même personne qui écrivait dans Espoir Algérie et dans L'Echo d'Alger... L'ennui, c'est que ce n'était pas moi qui écrivais... c'était peut-être mon nom de plume mais ce n'était pas moi. Le journaliste aurait pu s'excuser, dire qu'il avait été un peu rapide, léger... mais il n'a pas voulu le faire... C'était vraiment une diffamation parce que ce journal... c'est un quotidien lu dans l'Algérie tout entière.  

D.A. — Merci pour ces précisions. Je pense que cela méritait d'être dit et nous introduit au quatrième paradoxe Mammeri ; tu es un homme public, mais tu es un homme extrêmement discret, on ne te lit quasiment jamais dans la presse, tu ne  t'exprimes publiquement que très rarement. Pourtant tes silences et tes paroles comptent... plus tes silences que tes paroles d'ailleurs. Si tu avais voulu foncer dans les médias algériens penses-tu que tu aurais pu, comme Kateb Yacine l'a fait au cours de ces dernières années, acquérir une audience médiatique ?  

M.M. — Non, je ne l'aurais pas eue... certainement pas. Quelques expériences le montrent bien. Quand La traversée a paru, la moindre des choses aurait été d'en parler en bien ou en mal, qu'importe. Or je sais que des journalistes ou des critiques littéraires ont écrit des papiers sur La traversée. Ils les ont proposés à des journaux algériens très connus qui les ont refusés.  

D.A. — Par exemple ?  

M.M. — Algérie Actualité. Je ne savais pas ce qu'il y avait dans ces papiers... mais qu'importe... Ils ont été refusés uniquement parce qu'ils parlaient d'un livre que moi j'avais écrit. A plus forte raison si c'est moi qui écris quelque chose, je suis à peu près certain que ça ne passera pas sauf si j'écris sur la pluie et le beau temps, sur les pâquerettes : ça c'est possible ! Je peux d'ailleurs citer d'autres exemples. J'ai écrit une pièce de théâtre qui s'appelle Le banquet, dont le sujet est la perte de l'indépendance des Aztèques... On n'en parle pas... ça veut dire quelque chose.  

D.A. — Sur Le Banquet il y a eu des articles de presse...  

M.M. — Oui juste pour dire pourquoi Mammeri ne parle-t-il pas plutôt des Touaregs que des Aztèques.  

D.A. — Je me souviens de ce petit papier méchant à ton égard, mais relativement intéressant sur le fond. Pourquoi avoir fait une pièce sur les Aztèques ?... ce n'est pas de l'exotisme gratuit ?

 M.M. — Certainement pas.  
 
 D.A. — C'est même un peu codé.
 
 M.M. — Oui, c'est très codé... Mais revenons à ce que nous disions au départ sur les médias.
J'ai fait une pièce dont le thème est les Aztèques, mais je considère que le problème traité dans Le Banquet est un problème universel. Si j'avais été journaliste, j'aurais été content qu'un Algérien fasse une telle pièce, traite un sujet qui peut concerner l'Afrique, l'Asie, l'Amérique des Indiens. Je dois dire que je n'ai pas écrit cette pièce par hasard. Je l'ai écrite parce que je suis Algérien dans une certaine situation et que ce problème d'individus ou de groupes qui sont agressés et à la limite disparaissent me concerne directement. Je considère que j'étais mieux placé que quiconque en tant qu'Algérien et que Berbère pour en parler, mais le sujet est quand même universel.  

D.A. — On arrive là au cinquième paradoxe Mammeri. Tes détracteurs te reprochent en même temps une sorte de nombrilisme berbère et une trop grande intégration dans la culture mondiale.  

M.M. — Absolument... c'est vrai... Mais je crois que l'erreur ne vient pas de mon fait, mais de celui de mes détracteurs. Le grand reproche qu'on me fait, c'est ma berbérité ou mon berbérisme. Non seulement je l'admets, mais je l'assume entièrement... Mais dans le même temps je dis que cette berbérité est justement un moyen privilégié pour accéder à l'universalité. Je ne la conçois pas du tout comme une espèce de ghetto culturel ou linguistique. Des écrivains berbères ont écrit en latin et sont des écrivains universels... Saint Augustin, Tertullien, et le même phénomène a continué dans l'histoire et continue jusqu'à présent. Ma berbérité, c'est mon authenticité mais que je ne définis pas du tout de manière ghettoïsée, comme certains justement me le reprochent et voudraient me le faire admettre.  

D.A. — Dans cette perspective, en quels termes poses-tu le rapport entre la berbérité et l'arabité culturelle ?  

M.M. — Je dis que non seulement il n'y a pas contradiction entre les deux mais qu'au contraire, quelqu'un qui revendique l'arabité culturelle devrait soutenir avec enthousiasme la revendication de la berbérité culturelle car on ne peut pas revendiquer une identité culturelle pour soi et la refuser au copain qui est à côté. Le problème naît en fait à partir du moment où on définit une identité culturelle par opposition aux autres, disons, d'une manière conflictuelle. Je dis que c'est une mauvaise définition. Moi je conçois les cultures comme complémentaires et enrichissantes les unes par rapport aux autres. Je suis tout à fait d'accord pour qu'en Algérie un arabophone revendique sa culture arabe et je la considère comme mienne mais je dis que lui doit considérer ma berbérité culturelle comme étant la sienne.  

D.A. — Ce que tu viens de dire est très intéressant mais pose un problème... le grand problème de ce que l'on appelle la culture nationale.
 
 M.M. — Je pense que les Européens et les Français en particulier nous ont rendu un très mauvais service sur ce terrain. Il s'est développé en Europe, en particulier après la Révolution française, une conception jacobine et unitaire qui, à mon avis, fait des ravages. Il faut dire les choses comme elles sont. Le processus a commencé avec Louis XIV, a continué avec Napoléon puis avec la République une et indivisible, enfin avec le Reich Allemand. Les Européens ont répandu dans le Tiers Monde, pas seulement à l'Algérie - qu'ils l'aient voulu ou non, ça c'est une autre question - cette conception de la nation et de l'unité nationale. Si l'on prend comme référence notre propre civilisation islamique, nous n'avons jamais eu dans le passé cette conception de la nation. Les empires omeyyades et abbassides étaient des Etats multiculturels, ce qui ne gênait personne et n'empêchait pas les gens de se percevoir comme appartenant à un grand ensemble qui était l'Oumma islamique. Il en est de même aujourd'hui dans des pays comme l'URSS où le sentiment d'appartenir à l'ensemble soviétique n'empêche pas de se sentir Arménien, Tadjik. Je pourrais dire la même chose de la Chine ou du Canada. A une époque historique déterminée, une transformation s'est opérée dans la définition de la nation dont nous sommes victimes à présent, que nous le voulions ou non... Actuellement, les Algériens, les Tunisiens, les Marocains et d'autres au Moyen-Orient définissent la Nation en termes jacobins, en termes d'unité schématique.  
 
 D.A. — D'unité totale...  
 
 M.M. — Oui d'unité totale et alors on n'est pas très loin du totalitarisme.  
 
 D.A. — Ta critique de la notion de nation remet-elle en cause l'unité politique de l'Algérie ? Je te pose la question car elle sert parfois d'argument à tes détracteurs.  
 
 M.M. — L'unité politique de l'Algérie ?  
 
 D.A. — Oui l'Algérie, c'est 24 millions d'habitants, un Etat... Remets-tu cela en cause ?  
 
 M.M. — Absolument pas !  
 
 D.A. — Alors... une république kabyle...  
 
 M.M. — Non, je ne la revendique pas. Je revendique l'unité de l'Algérie, mais je dis en même temps que les Kabyles, avec les autres, bien sûr, forment la texture de l'unité nationale.  
 
 D.A. — Ceci dit, tu veux une expression culturelle multiforme ?  
 
 M.M. — Absolument, je suis d'accord avec ta formulation, une expression culturelle multiforme qui à mon sens sera un plus pour la culture algérienne.
 
 D.A. — Certains universitaires et intellectuels algériens formés dans l'Algérie indépendante, et principalement arabophones même s'ils sont aussi berbérophones et francophones reprochent à la réappropriation de la langue et de la culture berbères de se faire en utilisant la transcription latine et non arabe. Tu es bien entendu mis sur la sellette. Pourquoi, disent-ils, Mammeri a-t-il transcrit les Isefra de Si Mohand en caractères latins alors que ce dernier le faisait en caractères arabes ? Le fond du problème posé par ces jeunes universitaires qui reconnaissent l'importance de ton travail consiste dans l'affirmation de la nécessité de casser le rapport du berbère à la francité.  
 
 M.M. — Je répondrai la chose suivante : Premièrement, je crois que c'est un mauvais argument ; par ailleurs, s'il y a un rapport vraiment privilégié, (moi je ne crois pas qu'il le soit), il tient à des questions objectives qu'il faut étudier. Enfin si quelqu'un veut transcrire le berbère avec les caractères arabes, pourquoi pas ?
 
 D.A. — Les choses ne sont pas si simples. La revendication des arabophones ouverts sur la culture berbère est de revenir au système ancien de transcription du berbère avec les caractères arabes. Autrement, disent-ils, tous ceux qui font des travaux sur le terrain de la culture populaire berbère divisent la société, divisent le monde culturel parce que sans arrêt ils nous renvoient à la France.  
 
 M.M. — Alors là, je dirais que c'est un procès d'intention. Moi, je crois que c'est un mauvais argument. L'essentiel, à mon avis est de reconnaître que cette culture berbère premièrement existe et deuxièmement est à cent pour cent algérienne. Ensuite, pour ce qui est de ses modes d'expression, c'est un problème pratique qu'on peut étudier et auquel on peut trouver des solutions en fonction de l'environnement. Mais il faut d'abord reconnaître la culture berbère. En effet on a toujours l'impression que ceux qui sortent cet argument le font d'abord contre la culture berbère. Que l'on définisse les rapports entre les cultures arabe et berbère, d'accord, mais au fond il ne s'agit pas vraiment de rapports mais d'un soubassement identique qui s'exprime de manière diverse.  Si à l'heure actuelle la plupart des textes berbères sortent en transcription latine, c'est pour des raisons purement pratiques. Comment veux-tu que quelqu'un qui est incapable d'écrire une phrase en arabe puisse s'exprimer autrement que dans les langues qu'il connaît. Maintenant, si les nouvelles générations sont arabisées et peuvent réaliser les transcriptions en arabe, pourquoi pas. Il faut cependant souligner que les gens réalisent d'abord leur culture en berbère. Ensuite, qu'elle soit transcrite en français ou en arabe, c'est une affaire circonstancielle. La culture berbère ne doit pas être amarrée à une culture arabe ou française, mais à la culture algérienne ou, disons, maghrébine.  
 
 D.A. — Donc pas de conflit avec la langue et la culture arabe ?  
 
 M.M. — Pour moi, il n'y en a pas.  
 
 D.A. — Donc, enrichissement réciproque ?  
 
 M.M. — Je crois qu'il faut vraiment insister là-dessus. Ce que je vais dire est un peu universitaire et scientifique, mais il faut le dire parce que c'est vrai. L'arabe algérien est une langue qui, structurellement, est du berbère habillé avec des mots arabes. C'est vraiment un habit. Les gens qui parlent arabe actuellement sont des Berbères qui sont historiquement arabisés. Je pourrais citer des tas d'exemples pour fonder cette approche. C'est pour cela qu'entre l'expression maghrébine arabophone et l'expression maghrébine berbérophone, il y a des confluences extraordinaires. Dans le prochain numéro d'AwaI, nous publions un poème en arabe parlé oranais. C'est un poème qui a été écrit par un exilé politique au XIXème siècle et il y a des poèmes semblables en berbère. Les confluences sont telles... on sent que c'est la même façon de présenter les choses et de les dire. Donc, nous, entre arabité et berbérité, ce que nous voyons surtout, c'est cet aspect d'enrichissement mutuel et pas du tout un quelconque antagonisme.  
 
 D.A. — En définitive, tu ne te reconnais pas dans la division berbérophones-arabophones !  
 
 M.M. — Je ne crois pas qu'il y ait division. En tout cas, il y a une perspective à adopter : ce sont deux modes d'expression dont il faut voir l'enrichissement réciproque et non pas les considérer en termes antagonistes parce que l'antagonisme n'existe pas. C'est une invention à mon avis politique et très circonstancielle qu'il faut refuser. Ca c'est mon opinion personnelle.
 
 D.A. — Revenons si tu veux bien à la littérature. Dans les années soixante, presque tout le
monde pensait que la littérature algérienne de langue française allait disparaître. En réalité, elle s'est développée à un rythme rapide. Lis-tu les œuvres des jeunes écrivains algériens ?  

M.M. — J'en ai lu quelques-unes.  

D.A. — Plus de 500 titres sont sortis depuis l'indépendance : des romans, des nouvelles, de la poésie, un peu de théâtre. Pour toi, quel sens a cette importante mutation sur le plan quantitatif ?  

M.M. — Le phénomène est un peu étonnant à première vue. Elle existe, c'est déjà un phénomène important. D'autre part, tu avances le chiffre de 500 titres. C'est beaucoup, et il est normal que dans le tas il y ait plusieurs voix. Je nuancerais donc ma réponse à ta question. Il me semble qu'il s'est dégagé - c'est naturel, on a vu la même chose dans d'autres pays - après l'indépendance, une espèce de «convention littéraire», je n'ose pas trop avancer dans cette direction mais je crois que c'est vrai, qui définit des sujets «obligés» ou du moins «privilégiés». Je pense par exemple à la guerre nationale. Un certain nombre d'écrivains ont pu être tentés par cette formule-là.  

D.A. — Le réalisme national ?  

M.M. — Oui, mais je me demande dans quelle mesure il est vraiment «réaliste». Ce genre d'œuvres va-t-il dans le sens de ce que nous disions au début de notre entretien, c'est-à-dire la libération ? Par le sujet, c'est évident, mais personnellement j'ajouterais que la meilleure façon de travailler à ce projet de libération, c'est de le considérer non plus dans un passé qui devient de plus en plus mythique mais de l'envisager dans la réalité actuelle. L'œuvre de libération, ce n'est pas un moment ponctuel, une chose qui s'est passée entre 1954 et 1962. C'est un processus évolutif ininterrompu.  

D.A. — D'une manière générale, es-tu reconnu par les jeunes écrivains. T'envoient-ils leurs textes ?  

M.M. — Oui, mais ce n'est pas significatif. J'en reçois un certain nombre...  

D.A. — Connais-tu les jeunes auteurs qui ont publié. Discutes-tu avec eux ?  

M.M. — Non, absolument pas. Cela ne se passe pas comme tu dis. J'en ai connu deux ou trois.  

D.A. — Je pense à Boudjedra, Mimouni...  

M.M. — Non. Je connais un peu Mimouni, Boudjedra je le connais à peine.  

D.A. — II n'y a pas de lien entre l'ancienne génération d'écrivains et la nouvelle ? C'est assez étrange.  

M.M. — Non, à quoi bon ? Moi j'avoue que cela ne me frappe pas, ne me gêne pas. Si ces liens existaient, ne serait-ce pas la reconnaissance d'une espèce de patronage ?  

D.A. — Non, pas nécessairement, ça pourrait prendre la forme d'un dialogue. Mais apparemment il n'existe pas.  

M.M. — Pour un dialogue, il faut des moyens, des conditions... sauf sur un plan strictement personnel.  

D.A. — II y a les rapports institutionnels par le biais notamment de l'Union des écrivains dont je crois tu n'es plus adhérent. Peut-on savoir pourquoi ?  

M.M. — Oh ! Je ne sais pas... J'ai été président de cette Union tout à fait au début... Je ne peux pas répondre à cette question.  

D.A. — Alors, faisons le point sur tes initiatives récentes en matière de recherche et de publications.  

M.M. — Depuis cinq ans nous avons monté à Paris un groupe de recherche informel sur la berbérité au sens large : le CERAM (Centre d'études et de recherches Amazigh). Nous publions une revue, Awal, que tu as dû voir.  

D.A. — Nous en faisons régulièrement des comptes rendus dans Actualité de l'émigration.  

M.M. — Oui, j'ai vu. Toi tu fais des comptes rendus dans ton journal, mais j'aurais aimé que la même chose soit faite dans les autres organes de la presse algérienne. De plus, en réalité, ce centre de recherche et la revue auraient dû être créés à Alger qui est leur lieu naturel. J'aimerais que Awal paraisse à Alger pour qu'elle soit à la disposition de tous les Algériens.

  D.A. — Awal n'est pas une revue de vulgarisation...  
 
  M.M. — Non c'est une revue scientifique, quelquefois très spécialisée, mais peu importe, son champ d'analyse est la réalité algérienne.
 
D.A. — As-tu proposé à l'OPU7 de prendre en charge l'édition d'Awal ? L'OPU a une attitude très ouverte en matière de publication. Il vient de publier en collaboration avec la Maison des sciences de l'homme un ouvrage de photos concernant l'Aurès vu par Rivière8.  

M.M. — II n'est pas exclu que l'on fasse la demande maintenant. Il est exact que je ne l'ai pas faite jusqu'à présent mais j'ai déjà subi une expérience qui a refroidi mes ardeurs. J'ai proposé un livre dans le même domaine qui apporte une documentation inédite traitée de manière scientifique, mais je dois dire que je n'ai jamais pu faire passer ce manuscrit.  

D.A. — A l'OPU ?  

M.M. — Oui.  

D.A. — Le manuscrit portait sur quoi ?

7 OPU : Office des Publications Universitaires. 8 Aurès.  Algérie 1935 -1936 : Photographie, de Thérèse Rivière, suivi de Elle a passé tant d'heures... par Faimy Colon. OPU. Alger, Edition de la MSH, Paris. 1987, 214 p.

 M.M. — Sur la littérature orale d'un poète très populaire, un peu prophète, un saint de la deuxième moitié du XIXème siècle. Il s'appelle Cheikh Mohand.  
 
 D.A. — Tu as déposé le manuscrit ?  
 
 M.M. — Non, je ne l'ai pas déposé. J'en ai simplement parlé et on ne m'a pas beaucoup encouragé à le faire.  
 
 D.A. — On ne t'a pas dit non ?...  
 
 M.M. — Non, on a éludé, c'est comme si la chose ne devait jamais se faire. Mais qu'importe... le passé est le passé. Moi, j'aimerais que Awal paraisse en Algérie, à l'OPU ou ailleurs.  
 
 D.A. — Tu vas demander à l'OPU de le faire ?  
 
 M.M. — Je vais le demander.  
 
 D.A. — Nous allons terminer cet entretien sur un dernier paradoxe Mammeri. On te présente souvent comme un intellectuel «extérieur» à la société algérienne alors que tu es l'un des seuls de ta génération à avoir résidé et travaillé de manière régulière en Algérie. Beaucoup de choses ont changé dans notre pays entre les années cinquante et les années quatre-vingt Comment te sens-tu dans l'Algérie d'aujourd'hui ?  
 
 M.M. — Je me sens entièrement dedans, sans aucune réserve. Je n'ai jamais quitté ce pays parce que je me considère comme étant entièrement partie prenante de la réalité algérienne. Outre mes romans et mes travaux de recherche, je suis intervenu dans des domaines culturels assez divers : j'ai fait jouer une pièce de théâtre dans différentes villes d'Algérie. Dans le domaine du cinéma, outre ma participation à l'élaboration de L'opium et le bâton, j'ai fait d'autres films documentaires ou historiques dans le champ de la littérature orale et de l'anthropologie. Par conséquent, moi, personnellement, je n'ai pas de problèmes. Certains disent : « Il s'exprime en français.» C'est vrai, je ne cache pas les choses, le français est une langue et une culture que j'aime beaucoup et que j'ai intériorisées pour diverses raisons. Je me sens d'autant plus à l'aise pour dire ça que je revendique entièrement mon algérianité et que je n'ai jamais quitté ce pays, culturellement, physiquement et même institutionnellement.  
 
 DA. — Toi tu n'es peut-être pas frustré, mais ton public l'est. Ta production n'est pas disponible en Algérie.  
 
 M.M. — Là, la situation ne dépend plus de moi.  
 
 D.A. — A quand ton prochain livre déposé à l'ENAL ou à l'OPU ?  
 
 M.M. — Très bientôt ! J'espère que la réponse sera positive. Je vais commencer par Awal tiens !    

Adresse
19, Avenue Mustapha El Ouali (Ex. Claude Debussy)
Alger, Algérie.
Tél.
023.49.06.99 / 023.49.06.96
Fax
023.49.06.84
Site Web
www.hca-dz.org
E-mail
contact[at]hca-dz.org

Conception et Hébergement : kdconcept