Mouloud Mammeri : son engagement - Lorsqu’on évoque M. Mammeri, on s’attarde sur l’écrivain, sur l’amusnaw, le chercheur, le défricheur et on ne met pas suffisamment en lumière son engagement à travers ses écrits et pendant la révolution.

Le profil pluridisciplinaire de l’écrivain Algérien  Mouloud MAMMERI devrait être approfondi, largement étudié, notamment au niveau de l’espace universitaire (algérien et aussi étranger).

Mouloud Mammeri a été pour moi un aîné très fraternel. Je l’ai connu lors de la toute première rencontre des écrivains algériens en automne 1962. Il y eut d’autres rencontres dans divers endroits appropriés et notamment à la librairie En-Nahdha (2, rue Larbi Ben M’Hidi, Alger) des regrettés frères Mimouni Abdelkader puis Hadroug. Mais ces rencontres avaient déjà pris sens en automne 1963 lorsque la Salle Pierre-Bordes d’Alger a été rebaptisée Salle Ibn Khaldoun.

1980. Une conférence de Mouloud Mammeri est interdite à l’université de Tizi Ouzou. Les étudiants commencent à manifester. Kamel Belkacem, rédacteur en chef d’El Moudjahid, à l’époque, écrit un article (Les donneurs de leçons) s’attaquant à l’écrivain qui s’était toujours illustré par une exemplaire correction et une grande prestance. J’avais rencontré pour la première fois cet homme, ce grand écrivain au CRAPE (centre de recherches anthropologiques, préhistoriques et ethnographiques), au Bardo, puis avec Mahfoud Kaddache, un extraordinaire historien. Un de mes enseignants de cinéma, Daniel Pelligra travaillait comme ethnologue au CRAPE. Quand l’article de Kamel Belkacem sortit, j’étais journaliste à Révolution africaine. Comme je ne pouvais pas accepter cette tragique et insultante atteinte à la liberté d’un écrivain de s’exprimer, j’avais fait insidieusement passer une enquête sur la lecture où on concluait que Mouloud Mammeri était l’écrivain le plus lui. Comme la « culturelle » était moins contrôlée, je réussis à faire passer l’article. L’AFP, Le Monde et Libération réagirent vite disant que quelque chose de paradoxal s’était passé en Algérie : au moment où le pouvoir algérien s’attaquait à Mammeri, un journal algérien sortait une enquête le considérant comme l’écrivain le plus populaire en Algérie.

Ahmed Bedjaoui

Mouloud Mammeri, écrivain et anthropologue de grand talent a été l’un des premiers auteurs à être porté à l’écran dans le jeune cinéma algérien.

Une plume contre le colonialisme

Par Kaddour M'HAMSADJI

Mouloud Mammeri, Lmulud At Maammer comme l'appelaient ses co-villageois, est né en 1917, voici donc un siècle. Il grandit dans une famille nourrie de sagesse ancestrale et de savoir local à portée universelle. Les vieillards de Taourirt Mimoun sont ses premiers précepteurs. Son père lui-même était un « amussnaw » respecté. Tous ces éducateurs au demeurant majoritairement illettrés, le marqueront à vie.

Sur le plan linguistique, Mammeri a été pour les générations de chercheurs algériens lancés dans ce qu'on a appelé « les études berbères » un formateur et un maître. « Irza asalu » : il a ouvert la voie. Même si son enseignement de langue amazighe à la Faculté des Lettres d'Alger (salle 6, 3° étage) n'a jamais fait l'objet d'un texte réglementaire l'autorisant formellement, le cours a été assuré depuis l'indépendance pendant de nombreuses années. Puisqu'il n'était pas reconnu, il n'ouvrait droit à aucun diplôme, c'est dire l'ostracisme conjoncturel qui le frappait. Néanmoins, ce cours affiné année après année par son auteur a donné lieu à une méthode de langue berbère publiée ultérieurement. Lorsque le nouveau ministre de l'enseignement supérieur a engagé la réforme de l'université, Mammeri a réitéré sa requête pour l'ouverture de modules de tamazight dans le cadre du redéploiement des cursus et des programmes.

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