Publié le  12.05.17

L’Algérie célèbre depuis le 28 février le centenaire de la naissance de l’écrivain et chercheur Mouloud Mammeri à travers plusieurs événements culturels et scientifiques organisés pendant une année au niveau national. A partir de demain, le Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA) organise, à Oran, un colloque sur Mouloud Mammeri et le cinéma.

«L’œuvre mammerienne revisitée à l’aune du 7e art» est le thème d’un colloque national qui sera organisé les 13 et 14 mai au Théâtre régional Abdelkader Alloula, à Oran, par le Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA) en partenariat avec la faculté des langues étrangères de l’université d’Oran 2, de l’association Numédia et de la wilaya d’Oran.

«L’histoire des rapports entre littérature et cinéma est en fait une longue suite de querelles et de malentendus. On demande au film d’être scrupuleusement ‘fidèle’ à l’œuvre dont il s’inspire, alors que le passage d’un langage à l’autre s’accompagne nécessairement d’une transformation, fruit de la rencontre profonde de deux créateurs, accordés l’un à l’autre par de subtiles affinités et néanmoins libres.

Interrogé à propos de son roman adapté à l’écran par Ahmed Rachedi, Mammeri disait : ‘Je n’attends pas une translation fidèle, les choses ne pouvant se dire que différemment au cinéma. Rachedi a suivi très fidèlement le roman. Il n’en faisait pas bien sur un compte-rendu, mais un film’», expliquent les organisateurs. L’approche transdisciplinaire entre les deux arts incite, selon eux, à relire, revoir et repenser textes et films, mais pose des problèmes d’articulation.

«On a trop souvent tendance à penser les deux arts séparément, ou bien sous l’angle, bien et mal connu, de l’adaptation cinématographique. Ainsi, dans les deux cas, on s’empêche de comprendre les interactions entre les deux œuvres de création. On s’empêche notamment de comprendre que pour un artiste ou pour un usager (lecteur ou spectateur), la séparation des deux domaines n’a pas forcément d’importance. Un texte porté à l’écran cesse d’appartenir à la littérature», soulignent-ils.

Le HCA, que dirige Si El Hachemi Assad, rappelle que Mouloud Mammeri a beaucoup œuvré pour la préservation et le développement de la langue amazighe «à travers ses recherches et travaux sur la grammaire, ses méthodes d’enseignement de la langue et le dictionnaire dans lequel il a regroupé le vocabulaire des différents dialectes amazighes».

«Ses travaux scientifiques dans le champ de l’amazighité demeurent incontournables». «Mouloud Mammeri est aussi l’auteur de plusieurs romans dont L’Opium et le bâton, La colline oubliée, Le sommeil du juste...», précise le HCA. Le roman L’opium et le bâton a été adapté à l’écran, par exemple, par Ahmed Rachedi. Le cinéaste interviendra au cours du colloque d’Oran pour expliquer comment il a travaillé avec l’écrivain (disparu en 1989) sur le long métrage, sorti en 1971.

«Histoire populaire»

Le roman et le film racontent l’histoire d’un village en Kabylie puni par les soldats français durant de la guerre de Libération nationale. Les villageois avaient rejoint le FLN. L’armée coloniale française avait eu recours à plusieurs reprises à des châtiments collectifs et des exécutions sommaires.

Le roman de Mouloud Mammeri a dévoilé une partie de ses «méthodes» expéditives. Ahmed Bedjaoui, critique et universitaire, présentera une communication sur le cinéma et la littérature, «Mouloud Mammeri, témoin, acteur et pionnier de l’histoire populaire». «Le rapport de l’oralité à l’image» sera le thème développé par le cinéaste Belkacem Hadjadj.

Hanane Sayad, enseignante et chercheuse en littérature et cinéma à l’université Ahmed Ben Mohamed (Oran 2), analysera le passage de «l’écriture romanesque à l’écriture filmique». Enseignant dans la même université, Mohammed Yefsah fera une communication sous le thème : «Œuvres de Mouloud Mammeri et cinéma : contextes, réceptions et engagements». Amine Roubaï Chorfi de l’université de Mostaganem fera des «observations pratiques» sur la thématique de «la trans-écriture».

Modérée par l’universitaire et chercheur Mohamed Bensalah, une table ronde aura lieu le dimanche 15 mai à partir de 10h, avec la participation de Mme Lalaoui Chiali, directrice du Laboratoire de création d’outils pédagogiques en langue étrangère (LOAPL, université d’Oran), de Mme Medjad Grine, directrice du Laboratoire langues-discours-civilisations et littérature (université d’Oran) et de Aoussine Seddiki, doyen et promoteur de l’offre de formation LMD sur les sciences du langage et didactique de l’allemand. D’autres universitaires interviendront sur «la problématique de l’adaptation en général et sur la vie et l’œuvre de Mammeri, tantôt par le retour à ses écrits, tantôt par les films tirés de ses œuvres, tantôt par les témoignages vivants».

«Fidélité ou trahison ?»

«Les romans de Mammeri décrivent des personnages d’abord figés par la coutume, puis aliénés par l’acculturation, enfin retrouvant leur identité dans la lutte pour l’indépendance. Discours de l’Autre, rapport à la langue, à l’image, espace maternel qui est aussi un espace politique, sont les pôles essentiels de ses livres», est-il souligné. Les débats tourneront aussi autour de : «Adaptation cinématographique : fidélité ou trahison ? Ressemblance ou différence ?», «Le meilleur transfert sémiotique n’est-il pas celui qui s’écarte le plus du texte ?», «L’expérience algérienne dans le domaine de l’adaptation», «Entre littérature et cinéma, quels rapports ?

Quelles interactions ? Quelles affinités électives ?», «Considérer l’adaptation comme un sous-produit d’un roman, n’est-ce pas un abus de langage»… La dernière séance du colloque sera consacrée aux lectures croisées de textes de Mouloud Mammeri avec la participation de Djouher Amhis Ouksel, auteure, de Samir Aït Belkacem, auteur du projet du doublage du film L’Opium et le bâton (en tamazight) et El Houari Bessai, membre de l’association Numédia.

Saâd Zamouche, président de l’association Numédia, présentera, en ouverture du colloque, une exposition en hommage à Mouloud Mammeri au niveau du hall du Théâtre régional Abdelkader Alloula. Le soir, après les débats, les invités seront conviés à assister à la projection du film L’aube des damnés, d’Ahmed Rachedi (samedi) et Dda l Mouloud, de Ali Mouzaoui (dimanche) à la cinémathèque d’Oran.

Fayçal Métaoui

El Watan

http://www.elwatan.com/culture/mammeri-du-roman-au-cinema-12-05-2017-345016_113.php

 

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