L’auditorium du campus Aboudaou de l’université Abderrahmane Mira de Béjaïa a abrité, en fin de semaine dernière, un colloque national sur le thème «Tamazight dans les médias : limites et défis».

Une initiative du bureau de Béjaïa de l’Union nationale des journalistes professionnels de l’information algériens (UNJPIA), en collaboration avec le Haut conseil de l’amazighité (HCA) et le département des sciences sociales de l’université de Béjaïa. Ce colloque s’inscrit dans le cadre de la célébration par le HCA du centenaire de la naissance de Mouloud Mammeri, qui était également chercheur en langue amazighe et journaliste. Le programme de ce colloque national se décline sur trois grands axes. Le premier a été consacré au thème « Presse écrite : défis du lectorat et expériences éditoriales ». Le conférencier Hamouthène Rachid, journaliste à Horizons et consultant, a abordé la question de la place de Tamazight dans la presse écrite. Il a déploré le manque d’intérêt des quotidiens nationaux à la publication d’articles dans la langue de Massinissa. «Ecrire en Tamazight n’est pas l’apanage de tous les titres. Il y a eu des expériences de quotidiens qui ont lancé des pages hebdomadaires en tamazight, mais ça a tourné court pour plusieurs raisons. Les journalistes, qui travaillent à la pige, étaient mal récompensés. Les responsables des journaux avancent le motif de manque de fonds pour mettre fin à ces pages», a indiqué l’orateur. Pour ce dernier, l’expérience de La Dépêche de Kabylie reste singulière en la matière. « En plus de l’APS qui accorde une place à l’écriture en Tamazight, il y a le quotidien La Dépêche de Kabylie qui consacre quatre pages en Tamazight chaque lundi. Pour les responsables de ce journal avec lesquels je me suis entretenu, l’insertion de ce cahier hebdomadaire en Tamazight relève d’abord d’un acte de militance. Ce sont essentiellement des étudiants et des enseignants en Tamazight qui permettent la publication de ce cahier en Tamazight. Pour La Dépêche de Kabylie, cet espace sert de support pédagogique à l’enseignement de Tamazight. On m’a dit que cela a suscité un tel engouement chez les lecteurs que le journal pense à la publication de pages quotidiennes en Tamazight», a déclaré M. Hamoutène. Dans ce sillage et se livrant à une critique qu’il dit «constructive», le conférencier a regretté le peu d’intérêt que les «grands» journaux manifestent pour Tamazight, bien qu’ils publient des pages régionales couvrant l’actualité des régions berbérophones. «Il y a de grands titres, arabophones ou francophones, qui n’ont pas pris le pari d’insérer des pages en Tamazight, alors que leurs contenus comportent des pages régionales. Bien des journaux abusent d’articles et dépêches APS, mais ne prennent pas le soin de puiser de son portail en tamazight», a-t-il constaté. Que recommande M. Hamoutène pour encourager l’écriture journalistique en Tamazight ? «Il faut insérer un module sur la langue amazighe dans la formation des journalistes», a-t-il préconisé.

Un quotidien en Tamazight sur fonds publics

 

Pour le président du HCA, El Hachemi Assad, la consolidation de Tamazight dans les médias est l’un des nouveaux objectifs tracés par cette institution. «La nouvelle feuille de route du HCA est de consolider Tamazight dans les médias. Un travail a a été engagé pour élaborer un document consensuel sur l’usage de Tamazight dans les radions et les chaînes de télévision», a-t-il annoncé. M. Assad est optimiste quant à l’avenir de Tamazight dans les médias, notamment après la consécration de Tamazight comme langue officielle dans la nouvelle Constitution. «Avec l’officialisation de Tamazight, d’autres actes vont suivre. Actuellement, nous travaillons pour l’édition d’un journal en Tamazight sur fonds publics. Les chaînes privées doivent également consacrer des programmes en Tamazight. Nous insisterons auprès du ministère de la Communication pour que cela soit inscrit dans les cahiers des charges », a-t-il déclaré. Par ailleurs, le président du HCA a rendu un grand hommage à l’université de Béjaïa qui a, selon lui, posé un fondement solide pour le développement de Tamazight. Intervenant au début de ce colloque, le recteur de l’université de Béjaïa, Boualem Saidani, a affirmé que l’université qu’il préside met en œuvre tous ses moyens et ses capacités pour hisser et développer Tamazight, en vue de lui donner la place qui lui sied à l’échelle nationale. Cela passe, selon lui, par «une production pertinente et réfléchie dans les médias». Il a annoncé, au passage, que le département de Tamazight de l’université Abderrahmane Mira de Béjaïa travaille actuellement sur la normalisation d’un clavier en Tamazight. Les deux autres axes de ce colloque porteront sur les thématiques « Radio-télévision : quels contenus pour quelles audiences» et «Le doublage, le cinéma et l’introduction de Tamazight dans les systèmes informatiques et les NTIC : quels apports ?».

Par Boualem Slimani

La dépêche de Kabylie du 20 mai 2017

http://www.depechedekabylie.com/national/176336-colloque-autour-de-tamazight.html

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