Deux romans de Mouloud Mammeri ont été adaptés au cinéma, L’opium et le Bâton et La Colline Oubliée

L’œuvre mammerienne revisitée à l’aune du 7e art», est le thème d’un colloque national organisé samedi et dimanche par le Haut- Commissariat à l’amazighité (HCA) au théâtre régional Abdelkader Alloula d’Oran, en collaboration avec l’association Numidya et la wilaya d’Oran. Ce colloque s’inscrit dans le cadre de la célébration du centenaire de la naissance de l’écrivain et dramaturge Mouloud Mammeri. «Mammeri a lutté pour une amazaghité qui rassemble tous les Algériens.

Il a contribué à l’éveil qui a tiré l’amazighité du tunnel sombre dans lequel elle était confinée. La langue amazighe est consacrée langue nationale et officielle dans la Constitution grâce au combat de plusieurs générations, depuis le mouvement national jusqu’à nos jours», a déclaré Si El Hachemi Assad, secrétaire général du HCA, lors de la cérémonie d’ouverture.

L’amazighité doit, selon lui, évoluer loin de toute pollution. Il a rappelé que les festivités du centenaire de la naissance de Mouloud Mammeri, lancées officiellement le 28 février 2017 à Tizi Ouzou, vont avoir lieu dans tout le pays avec la contribution de toutes les institutions de l’Etat et des associations. «C’est une occasion pour corriger certains concepts et arriver à la réconciliation linguistique entre tous les Algériens.

Nous voulons nous appuyer sur le discours calme, construit sur le vivre-ensemble, loin de toute marginalisation, exclusion, extrémisme ou haine de soi, et loin de toute atteinte aux symboles de l’unité nationale», a-t-il précisé, indiquant que le HCA célèbre ce mois de mai le 22e anniversaire de sa création.

Chorfa Sifelhak, représentant du Premier ministre Abdelmalek Sellal, a, pour sa part, appelé les universitaires et les intellectuels à s’intéresser davantage aux travaux de Mouloud Mammeri dans les domaines de la littérature, de l’anthropologie et de la linguistique. «Les Algériens ont fait beaucoup de sacrifices pour défendre leur identité, constituée de l’islamité, l’arabité et l’amazighité.

Ces trois constituants sont la source de notre liberté, de notre fierté et de notre dignité. Les Algériens ont combattu aussi pour la défense de leur unité et celle de leur pays quel qu’en soit le prix», a-t-il dit. Il a relevé qu’il existe une réelle volonté politique de promouvoir l’amazighité à tous les niveaux.

 

«Militant de la culture»

Ahmed Bedjaoui, universitaire et critique, a déclaré lors d’un débat modéré par Youcef Nacib, docteur ès lettres, que Mouloud Mammeri est le précurseur du cinéma amazigh en Algérie. «Dès 1963, Mammeri avait écrit un scénario qui s’appelait Le village incendié, qui se situe à Thala comme dans L’opium et le bâton. On y retrouve un personnage, Ali, déserteur de l’armée française et vivant dans la forêt avec trois compagnons en rupture de ban, comme lui. Une équipe a été constituée pour réaliser le film.

Le tournage devait commencer en septembre 1963, mais il n’a jamais vu le jour. Donc, dès l’indépendance, Mammeri voulait apporter son témoignage en homme d’écrits et d’images», a soutenu Ahmed Bedjaoui. Mohamed Bensalah, universitaire et cinéaste, a plaidé pour faire connaître davantage Mouloud Mammeri, qui, «en plus d’être écrivain, était aussi un militant de la culture».

«Mammeri a été effacé de la mémoire collective. Je considère que cet hommage est le résultat du travail qu’il a lui même fait pour la reconnaissance de tamazight, de la culture vernaculaire algérienne. A l’université d’Oran, Mammeri entrait pas effraction. Des journalistes et des écrivains ont fait parler Mammeri. Il s’agit donc de traces qu’il faut mettre à la disposition de tout le monde», a-t-il plaidé. Le cinéaste Ahmed Rachedi a parlé, de son côté, de sa rencontre avec Mouloud Mammeri pour la réalisation de L’Aube des damnés (1965) et L’opium et le bâton (1969). Nous y reviendrons dans nos prochaines éditions.

 

Transformer l’oralité en écrit

 

Abdelmadjid Bali, universitaire et membre du comité scientifique de coordination du centenaire de Mouloud Mammeri, a annoncé la tenue, en novembre 2017, d’un colloque international sur l’œuvre de Mouloud Mammeri à la faveur du Salon international du livre d’Alger (SILA). «Nous allons inviter ceux qui ont collaboré ou connu Mammeri et ceux qui ont travaillé sous ses ordres. Le colloque va restituer le parcours de l’écrivain, mais aussi ses engagements. Il a eu à prendre part au débat d’idées, au débat politique autour de l’affirmation, par exemple, de notre culture ancestrale et de sa place, de la manière de transformer l’oralité en écrit», a-t-il dit.

Il a plaidé pour «une réconciliation profonde» avec l’algérianité. «Il faut remonter aussi loin qu’il le faut, sans limite. Nous n’avons pas d’étapes plus importantes que d’autres dans notre cursus civilisationnel. Il faut envisager l’avenir. Notre passé est un socle sur lequel il faut construire davantage de solidarité nationale, d’ambitions culturelles, artistiques et esthétiques», a souligné Abdelmadjid Bali, qui a connu Mouloud Mammeri lorsqu’il était étudiant à l’université d’Alger.

«A la faculté des lettres d’Alger, Mammeri nous recevait une à deux fois par semaine, entre 12 et 14h, au troisième étage de la fac, où il enseignait bénévolement le tamazight. Il n’y avait pas de diplômes à passer. C’était une espèce d’affirmation identitaire. Nous le faisions contre personne.

Nous considérions que notre algérianité était amputée sans l’intégration de la dimension amazighe», a-t-il confié. Les Algériens doivent, selon lui, rompre avec l’idée que « tout est ailleurs». «Nous ne sommes pas meilleurs que les autres, mais nous ne sommes pas moins valeureux que les autres. Nous avons autant donné aux autres que nous n’avons emprunté aux autres. Il ne faut avoir aucun complexe là dessus», a noté Abdelmadjid Bali.

                                                                                              Fayçal Métaoui

                                                                                  El Watan, 15 mai 2017

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