Mouloud Mammeri a subi les affres de la bureaucratie, tout comme l'ont été Mohamed Dib et Assia Djebar»

Mohamed Bensalah n'a pas raté l'occasion pour dénoncer ce qu'il a qualifié «de la chape de plomb qui a, dans le temps, entravé la créativité littéraire».

«L'amazighité, contre laquelle on a jeté tout l'anathème, est devenue nationale et officielle, de dimension universelle.» C'est ce qu'a indiqué Mohamed Bensalah, membre du comité scientifique en charge de la célébration du centenaire de Mouloud Mammeri. Revenant sur la vie de l'auteur, écrivain et anthropologue qu'était Mouloud Mammeri, Mohamed Bensalah, professeur de cinéma à l'université d'Oran, est revenu sur le parcours du défunt tout en abordant les persécutions dont faisait l'objet Mouloud Mammeri. «Editer un livre dans une certaine époque était synonyme d'être traité de tous les noms d'oiseaux comme «Hizb de la France»», a déploré Mohamed Bensalah ajoutant que «l'homme (Mouloud Mammeri, Ndlr) a subi les affres de la bureaucratie, tout comme l'ont été Mohamed Dib et Assia Djebar». Connu pour être un électron libre dans ses déclarations, toutefois osées, Mohamed Bensalah a, sans faire un quelconque tableau comparatif entre les deux grosses cylindrées de la littérature algérienne, ajouté que «Assia Djebar a été poussée à l'exil, tandis que Mouloud Mammeri est resté en Algerie». Comme il n'a pas raté l'occasion pour dénoncer ce qu'il a qualifié «de chape de plomb qui a entravé la créativité littéraire». «Les hommes de la culture ont subi l'ostracisme et le mépris du pouvoir politique», a tancé Mohamed Bensalah, le premier homme de cinéma dont le film a fait l'objet de censure dans les années 1970. Ce n'est pas tout.

L'intervenant dans la conférence d'hier est allé jusqu'à se demander sur la recherche actuelle opérée par des étudiants algériens dans le domaine de l'anthropologie, la littérature, le cinéma algériens. «Des étudiants ne connaissent pas Mouloud Mammeri ni Mohamed Dib, mais sont très forts dans la recherche sur l'oeuvre de Camus», dira Mohamed Bensalah expliquant que «un tel fait est motivé par les visas délivrés rapidement etc». L'orateur s'est félicité de prendre part à la caravane qui éveille les mémoires». D'aucun n'ignore le rôle joué par Mouloud Mammeri en servant de déclic à la démocratisation du pays politique algérien, notamment lorsqu'il a été empêché, au début des années 1980, de tenir la conférence sur la poésie ancienne, d'où le déclenchement du Printemps pacifique amazigh. Mliha Benbrahim, membre du comité scientifique du centenaire du défunt, dira que «Mouloud Mammeri a été un cas de démocratie». Intervenant pour sa part, le secrétaire général du Haut Commissariat à l'amazighité, Si El Hachemi Assad, a indiqué que «l'année 2017 est une année exceptionnelle avec la célébration du centenaire de la naissance de Mouloud Mammeri, pionnier de l'amazighité, et de son engagement pour la promotion de la langue amazighe». Comme il est revenu sur les journées d'études sur l'oeuvre de Mouloud Mammeri intitulées «L'oeuvre mammérienne revisitée à l'aune du 7e art, qui aura lieu à Oran aujourd'hui et demain». Le premier responsable du HCA a affirmé que «la célébration du centenaire de Mouloud Mammeri est une manifestation nationale de grande envergure, consacrant la réhabilitation de ce grand écrivain et anthropologue algérien». En ce sens, il a souligné que «la manifestation, qui dure toute l'année 2017, placée sous le haut patronage du président de la République Abdelaziz Bouteflika, voit la participation de plusieurs départements ministériels et wilayas comme les ministères de la Culture, l'Education nationale, 13 wilayas abritant les différentes manifestations liées à cet événement. Si El Hachemi Assad n'a pas omis au passage de mettre en valeur l'hommage rendu à Mouloud Mammeri comme la mise en place d'un espace Internet, rédigé en trois langues, tamazight, arabe et français. «Le site prendra la forme de portail électronique vers la fin 2017», a indiqué Assad annonçant qu'«une rencontre aura lieu le 16 mai prochain au siège du HCA avec le bureau de l'ONU en Algérie et celui du Pnud concernant l'annonce officielle de la publication des textes de la Déclaration universelle des droits de l'homme et celle des droits des enfants en tamazight». Et d'ajouter que «le prochain Salon international du livre d'Alger (Sila) sera dédié à Mouloud Mammeri, ainsi qu'un Colloque international sur l'oeuvre de Mammeri en marge de la prochaine édition du Sila». Aussi, des rencontres littéraires, des caravanes livresques et des colloques sont au programme de cette manifestation; dans le même sillage, la réédition de quelques-uns des ouvrages de cet écrivain, notamment La colline oubliée, L'opium et le bâton, Le banquet, Le sommeil du juste et La traversée. Les oeuvres en tamazight de Mouloud Mammeri seront rééditées dans un coffret, telles ses pièces de théâtre et ses poèmes en kabyle, par une association réunissant le HCA, la maison d'édition Dar el Othmania et le ministère de la Culture. Idem pour le film réalisé par Ahmed Rachedi, tiré de l'oeuvre de Mammeri, L'opium et le bâton, qui sera doublé en langue amazighe. Le 28 décembre, date coïncidant avec la naissance de Mouloud Mammeri, un timbre de 50 dinars, jusque-là unique en son genre, sera frappé à l'effigie de l'homme qui a sillonné l'Algérie pour transposer l'histoire orale en histoire écrite. Dans les journées d'études sur l'oeuvre mammérienne à l'aune du 7e art, plusieurs axes ont été retenus, notamment la relation entre la littérature et le cinéma, les échanges et les complémentarités entre les deux genres, les problématiques de l'adaptation cinématographique d'oeuvres littéraires, l'expérience algérienne dans le domaine de l'adaptation, une lecture critique de L'opium et le bâton et de La colline oubliée.

La rencontre abordera également la conceptualisation par Mouloud Mammeri de l'appellation qu'il a mise en place en la baptisant au nom de «Amusnaw» ou encore la sagesse et le savoir, passant du local à l'universel. En tout, 13 manifestations sont concoctées dans le programme de la célébration du centenaire de Mouloud Mammeri dont la biblio-cote sillonnera cet été les plages de Jijel, Annaba et Tlemcen. Une telle caravane sera encadrée par des éditeurs.

Par Wahib AïT OUAKLI - Dimanche 14 Mai 2017

L’EXPRESSION

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