Le Haut commissariat à l’Amazighité (HCA) organise à Oran depuis ce samedi 14 mai un colloque de deux jours sur « l’oeuvre mammerienne revisitée à l’aune du 7e art » au Théâtre régional Abdelkader Alloula. Un événement qui s’inscrit dans le cadre des festivités marquant le centenaire de la naissance de l’écrivain, dramaturge et anthropologue algérien Mouloud Mammeri.

« L’oeuvre de Mammeri englobe plusieurs volets. Son roman ‘L’opium et le bâton’ a été adapté au cinéma. Discuter de ce thème est une façon d’aller dans l’esprit et l’oeuvre de l’écrivain. C’est une manière d’élargir sur le plan territorial, culturel et civilisationnel le champs de la recherche en tamazight. Mammeri a tenu à donner une dimension universelle à Tamazight », a expliqué Malha Benbrahim, historienne et membre du Comité scientifique de coordination du centenaire de la naissance de Mouloud Mammeri.

La thématique des romans de Mammeri adaptés au cinéma est, selon elle, pour la première fois abordée dans un colloque national. « Jusqu’à là, l’oeuvre littéraire de Mammeri a donné lieu à des études, des analyses et des travaux universitaires, mais pas sa traduction au cinéma », a-t-elle dit. Le colloque aborde, entre autres, la relation entre la littérature et le cinéma et le rapport de l’oralité à l’image. Le cinéaste Ahmed Rachedi est revenu sur sa rencontre avec Mouloud Mammeri à Alger.

« L’aube des damnés »

« Je n’ai jamais vu quelqu’un aussi synthétisant que Mammeri. Je l’ai rencontré en 1964. À l’époque, je préparais le film documentaire « L’aube des damnés » qui, pour moi, devait être l’éditorial du cinéma algérien. J’ai pu avoir le téléphone de Mammeri grâce à Kateb Yacine. J’ai proposé à Mammeri l’écriture du commentaire du film parce qu’il était anthropologue. Au début, il m’avait conseillé de voir un historien. Je lui ai expliqué le résumé du film en disant que nous venons de loin et que les Français sont venus nous dire : « Nous sommes ici pour vous sortir de votre nuit parce que vous n’avez rien apporté à l’humanité» », a détaillé le cinéaste. Mammeri a fini par écrire le commentaire du film sans avoir vu les images. « Au montage, j’ai remarqué que le commentaire collait bien aux images, aux moments de l’Histoire. Tout ce qu’il disait était juste. Ce n’était pas de l’illustration, mais de la densification de l’image. Il a écrit en faisant bien attention au ton du film », a souligné Ahmed Rachedi. À sa sortie en 1965, « L’aube des damnés », qui montre « le vrai visage de l’Afrique », a été primé dans une quinzaine de festivals à travers le monde. M.Rachedi a salué la profondeur de l’analyse et de la réflexion de l’auteur de « La colline oubliée » (1952).

Les confidences d’Ahmed Rachedi

 En 1969, Ahmed Rachedi a adapté au grand écran l’oeuvre majeure de Mouloud Mammeri, « L’opium et le bâton » (1965), avec comme vedettes Sid Ali Kouiret et Marie José Nat. « C’est le film le plus vu de toute l’histoire du cinéma algérien. Il a enregistré plus de deux millions d’entrées dans les années 1970 en Algérie, sans compter les milliers qui l’ont vu à la télévision », a précisé le critique et l’universitaire Ahmed Bedjaoui. Ahmed Rachedi et Mouloud Mammeri jouaient aux dominos pour parler du projet du long métrage « L’opium et le bâton ». « Je lui ai expliqué que je ne pouvais pas tout garder du roman dans le film. À chaque fois, je lui montrais l’avancée de l’écriture du scénario. Réunir plusieurs personnages, qui est une technique du cinéma, l’avait quelque peu gêné. Il a changé peu de choses, a compris tous les mots du film. Il m’a dit que ce film ne peut pas être tourné ailleurs où se déroulait l’histoire du roman. Il m’a alors indiqué le petit village d’Ichiriden en Kabylie. Il m’a dit que ce village était à la tête du combat de résistance contre le colonialisme français », a confié Ahmed Rachedi. Après la sortie du film, Mammeri a eu cette réflexion à l’adresse du cinéaste : « Je t’ai donné un livre d’amour, tu en a fait un western ». « Et après avoir vu le film à la télévision, il m’a appelé pour me dire : tu as transposé mon livre à l’écran », a souligné le réalisateur. Mammeri a, selon lui, regretté que le film n’ait pas été tourné en tamazight. « Vu le contexte politique de l’époque, je n’aurai jamais pu réaliser le film, si je n’avais pas adopté l’arabe dialectal pour les dialgues », a affirmé Ahmed Rachedi disant que le cinéma est d’abord un langage avant d’être une langue. Le cinéaste, qui a réalisé des longs métrages sur Mostefa Benboulaid, Krim Belkacem et Colonel Lotfi, s’intéresse actuellement à Djamila Bouhired. Le cinéma algérien a complètement oublié le combat des femmes contre le colonialisme français.

Un timbre de Mammeri en décembre prochain

 Selon Malha Benbrahim, le programme du centenaire de Mouloud Mammeri, qui a été lancé le 28 février 2017 à Tizi Ouzou, s’étalera durant une année. « Il va se terminer avec un colloque en novembre 2017, à la faveur du Salon international du livre d’Alger(SILA), sur l’oeuvre et le parcours de Mouloud Mammeri. Et, le 28 décembre 2017,  sortira un timbre en hommage à l’écrivain. Nous avons déjà organisé plusieurs journées d’études avec l’aide d’association au niveau national », a-t-elle précisé.

Fayçal Metaoui

TSA, publié le 13 Mai 2017

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